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Londres, le paradis perdu des médias arabes

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Jadis considérée comme le hub incontesté de la presse panarabe, la capitale britannique a perdu durant la dernière décennie beaucoup de cet éclat pour plusieurs raisons dont l'émergence de nouveaux pôles dans la région arabe offrant parfois de meilleures conditions à l'épanouissement de la presse.

 Londres - Jadis considérée comme le hub incontesté de la presse panarabe, la capitale britannique a perdu durant la dernière décennie beaucoup de cet éclat pour plusieurs raisons dont l'émergence de nouveaux pôles dans la région arabe offrant parfois de meilleures conditions à l'épanouissement de la presse.

L'histoire de Londres en tant que centre de la presse arabe a commencé dès la moitié des années 1970 quand un groupe de journalistes du Moyen-Orient ont choisi de s'implanter dans la capitale britannique suite à l'éclatement de la guerre civile libanaise en 1975.

Si certaines publications arabes ont choisi, dans un premier temps, de s'implanter dans d'autres centres européens comme Paris ou même Nicosie, après avoir abandonné Beyrouth, Londres s'est imposé comme le fief de la presse arabophone, une position qui allait se confirmer suite à l'invasion israélienne du Liban en 1982.

"Ce choix n'est pas fortuit", explique M. Abdelbari Atwane, célèbre journaliste palestinien qui a fondé à Londres le quotidien Al-Quds Al-Arabi en 1989.

"La Grande-Bretagne, de par son statut de véritable Etat de droit, offre une grande marge de liberté", indique-t-il, soulignant que la presse y trouve une grande liberté dans le cadre du respect des lois.

La tendance, qui avait commencé sous forme d'initiatives individuelles de journalistes venus notamment de Liban, de Syrie ou d'Egypte, a pris l'allure d'un véritable ancrage à Londres d'une presse arabe, produites par des Arabes pour les Arabes mais dans un contexte européen, rappelle M. Najm Jarrah, chercheur dans le domaine des médias, ajoutant que la capitale britannique s'est rapidement transformée en une plateforme à partir de laquelle les Occidentaux s'adressent au monde arabe par l'entremise des médias arabes.

Durant l'âge d'or de la presse arabe à Londres, de nombreuses publications de divers horizons et qualités ont pu voir le jour, se rappelle M. Abdelaziz Al-Khamis, rédacteur en chef du magazine "Al-Muraqib Al-Arabi".

Parmi ces publications, explique M. Al-Khamis, on trouvait des journaux dotés d'importants budgets et s'adressant à un lectorat qui dépasse parfois les frontières du monde arabe, des magazines politiques de différentes tendances, des magazines d'art de vivre, des titres de haut niveau culturel et même de petits organes publiant de simples tracts défendant une cause donnée.

Parmi les plus grands journaux arabes, qui ont vu le jour dans la capitale britannique figurent notamment Al-Sharq Al-Awsat (Arabie saoudite), Al-Alam (pro-libyen), Al-Quds Al-Arabi (nationaliste palestinien) ou encore Al-Hayat (Liban).

Certains organes de presse électronique arabes ont, eux aussi, élu domicile à Londres, à l'instar d'Elaph, une plateforme offrant un large éventail d'informations et d'analyses sur les affaires arabes.

Un tel engouement trouve son explication dans le fait que Londres a depuis toujours été un hub pour la presse internationale, un atout auquel s'ajoutent les liens du Royaume-Uni avec le monde arabe et les importantes infrastructures et expertise professionnels disponibles sur la place londonienne.

"Londres était donc le centre d'information le plus important au monde durant l'âge pré-Internet", indique M. Al-Khamis, relevant qu'outre ses relations politiques, diplomatiques, économiques et culturelles avec le monde arabe, le Royaume-Uni abritait une importante communauté arabe, qui formait déjà une audience de base pour la nouvelle presse panarabe émergente.

La présence d'une opposition arabe en exile à Londres demeure un autre facteur à ne pas oublier, indique les professionnels, relevant que plusieurs groupes d'opposition ont saisi le climat de liberté à Londres pour lancer leurs propres publications, qui ont contribué à renforcer le climat de diversité de la presse arabe.

Mais qu'est ce qui a changé pour pousser plusieurs publications arabes à abandonner les rives de la Tamise? "Pas grand-chose au niveau du statut de Londres en tant que hub de la presse internationale", argumente M. Al-Khamis, expliquant que les principaux changements en eu lieu dans le monde arabe où les médias, notamment audiovisuels, trouvent désormais un environnement propice à leur épanouissement.

Les professionnels s'accordent à dire que l'éclosion des chaînes satellitaires avec le degré élevé de liberté dont elles jouissent a voulu que Londres soit dépassé d'autant plus que certains médias, comme la chaîne MBC lancée initialement à Londres, ont choisi d'aller s'installer ailleurs, notamment à Dubaï, évoquant des considérations financières et surtout la nécessité d'être physiquement proches de leur audience arabe.

Le coût élevé d'implantation à Londres allaient, par la suite, décourager d'autres professionnels à investir dans la capitale britannique.

Si les publications arabes encore basées à Londres argumentent que leur circulation n'a pas été affectée par la nouvelle donne, certains professionnels estiment que l'émergence, dans le monde arabe, de journaux plus audacieux dans le sillage de la révolution des chaînes satellitaires, a largement contribué au déclin de Londres en tant que capitale de la presse panarabe.

MAP

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