Les critères de classement concernant la liberté de presse au Maroc sont "simplistes" et "erronés" (président du SNPM)
Le président du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), Younès Moujahid, a critiqué les critères suivis par les organisations internationales pour l'appréciation de la liberté de la presse et souligné que les classements attribués au Maroc sont absolument "erronés" et "dénués de cohérence".
Les dits classements sont "simplistes et pâtissent d'un manque de sérieux et de rigueur", a tranché M. Moujahid qui a recommandé à ces organisations de "revoir" leurs critères, car le traitement qu'elles réservent à des questions aussi cruciales que la liberté de la presse, souffre généralement d'un déficit flagrant de précision et d'impartialité.
Quoique le rapport publié par le SNPM, à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse (3 mai), ait été "sévère et critique", il n'en demeure pas moins que "nous avons tenu à rester objectifs, tout comme nous sommes soucieux d'élever le niveau du paysage médiatique national", a dit Younès Moujahid dans une interview à la MAP.
Tout compte fait, a-t-il soutenu, le rapport du syndicat n'est "qu'un point de vue qui peut être discuté et qu'on ne peut en aucun cas considérer comme une sainte écriture".
Pour enrichir le débat sur le contenu du dit texte, M. Moujahid a annoncé l'organisation d'une rencontre autour de ce rapport avec la participation de différents acteurs.
"Au sein du SNPM, nous souhaitons que les observations et remarques qui seront formulées à cette occasion soient plutôt critiques", a-t-il assuré.
Pour élargir le débat, Younès Moujahid a indiqué qu'il compte inviter le Secrétariat général de l'Union des journalistes arabes (UJA), à l'occasion de sa réunion prévue les 16 et 17 mai au Caire, à tenir une conférence au Maroc pour débattre des critères suivis par ces organisations en matière d'appréciation de la liberté de la presse aux niveaux arabe et international, notamment la commission des libertés de l'UJA et les organisations internationales en rapport avec la profession.
Le rapport du syndicat, qui est l'expression "d'un effort collectif", a relevé un certain nombre d'observations concernant l'évolution de la pratique professionnelle durant l'année écoulée, a-t-il poursuivi. "Nous avons écrit qu'il n'y a pas eu d'avancée, car nous sommes restés face au même Code, à la même situation et aux mêmes comportements", a-t-il affirmé.
En dépit de la dynamique notable constatée en matière de liberté de presse, le rapport a évoqué une "absence de garanties" pour l'exercice de cette liberté, à un moment où la société réclame d'avantage de marges pour la profession.
"La liberté de la presse ne peut être exercée sans garanties et, de ce fait, la question de la protection des journalistes reste posée avec acuité", a noté le président du SNPM, stigmatisant "les exactions dont sont victimes les journalistes dans l'accomplissement de leur devoir, non seulement de la part des autorités publiques, mais aussi d'agents de sécurité privés, d'élus, voire de la part de manifestants quelque fois".
Le journaliste exerce son métier conformément aux dispositions du Code de la presse, en étant à la quête de l'information, en traitant des dossiers ou encore en assurant le suivi des faits, d'évènements et de conflits sociaux ou politiques qui peuvent exposer sa vie au danger, a-t-il poursuivi, expliquant que c'est pour ces raisons, qu'il importe que ce journaliste ait les garanties nécessaires à sa protection, étant donné qu'il exerce sa profession dans le cadre de la loi.
S'agissant de l'évolution du paysage médiatique national, M. Moujahid a fait état de l'existence de deux tendances parallèles : "l'une favorable à l'élargissement du champ de la liberté de la presse et l'autre dénotant d'une certaine hésitation, comme en attestent les faits relatés dans le dernier rapport du SNPM".
Toutefois, il a considéré que la tendance générale traduit "un développement certain dans une société plus ouverte et généralement plus sensible à l'essor de la profession".
Il a relevé que le Code de la presse n'a pas connu les améliorations souhaitées et présente, de ce point de vue, un déphasage avec les impératifs de l'époque, le progrès social et les slogans officiels. Dans l'une de ses principales conclusions, le rapport du syndicat recommande que ce texte s'inspire des grands principes de base de la profession, du moment qu'il est inconcevable qu'un journaliste soit incarcéré à cause de l'accomplissement de son devoir.
Toute arrestation et toute condamnation à une peine privative de liberté prononcée à l'encontre d'un journaliste suscite des réactions négatives aux plans national et international, a-t-il rappelé, faisant remarquer, à ce titre, que le journaliste n'est pas au-dessus de la Loi, mais qu'on doit trouver une formule appropriée pour sanctionner d'éventuels manquements à la profession.
Et d'insister que la Loi se doit d'être claire, précise et en phase avec les mutations sociales et le développement technologique, de même qu'il faut éviter les concepts et les formulations ambiguës pouvant donner lieu à des interprétations astreignantes à la liberté de la presse, en l'absence de tribunaux spécialisés dans les délits de presse. Aux yeux du président du SNPM, la préservation de la liberté doit servir de trame au Code de la presse.
Le syndicat juge impérative une refonte de l'organisation des entreprises de presse afin de consacrer les règles de transparence et de démocratie, la presse étant une industrie dont la mission première doit être l'ancrage du professionnalisme, a par ailleurs souligné Younès Moujahid, notant que le SNPM entretient des liens de coopération et de dialogue avec ses partenaires, dont le ministère de la Communication et la FMEJ (Fédération marocaine des éditeurs de journaux), ce qui n'exclut pas l'existence de divergences sur certaines questions.
Sur un autre registre, Younès Moujahid a indiqué que le Syndicat a accompagné les principales phases de transformation du pôle public audiovisuel, faisant part de "progrès" dans ce secteur, mais aussi de lacunes dans l'exécution de certaines dispositions portant sur la pratique professionnelle.
Il a qualifié "d'importants" les efforts déployés au niveau des recrutements au profit du pôle public et la réalisation de grands investissements, même si le rapport annuel du SNPM affirme que cela demeure insuffisant.
S'agissant de l'agence Maghreb Arabe Presse (MAP), le président du SNPM a dit: "En toute franchise, nous avons constaté que l'agence a déployé des efforts en rupture avec son ancien statut, mais la persistance du même cadre juridique a des implications, tant au niveau de son produit, de sa ligne éditoriale qu'au niveau des conditions matérielles et sociales de ses personnels", alors qu'elle reste l'un des principaux pourvoyeurs d'informations au niveau national.
Abordant les questions de la déontologie, M. Moujahid a indiqué que le dernier rapport du syndicat a appelé à un engagement du corps des journalistes à faire respecter les règles éthiques, estimant qu'il existe une prise de conscience de cette exigence, qui doit être accompagnée par la mise en place des outils et des mécanismes nécessaires.
Selon lui, il ne s'agit pas de créer une commission nationale de la déontologie, quoiqu'essentielle, mais il faut que les règlements internes de chaque entreprise de presse prévoient une charte et un conseil de la rédaction chargés de l'auto-évaluation du degré de respect de l'éthique professionnelle.
MAP



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