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"Matatu matata'', les véhicules fous dont ne peuvent se passer les Kenyans

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par Khalid ABOUCHOUKRI. Nairobi- "Watatu twende'' (deux et l'on démarre), hèle le "Tout'' (aide-mécano) accroché à la portière latérale coulissante du véhicule avant que le conducteur de "la boîte à musique ambulante'' ne fonce laissant derrière lui une épaisse fumée noire sans que les clients d'autres directions ne s'en offusquent

Un soda accroché sur le tableau de bord, sa photo (format carte postale) pendue en lieu et place du rétroviseur, Mwangi roule droit devant. Tant que ça accélère, c'est bon. La maintenance des matatus (van de transport public), véhicules vétustes, est réduite au strict minimum. Aucun voyant du tableau de bord ne fonctionne ou presque.

Musique à fond et offrant, pour certains, des écrans où défilent à longueur de journée des clips assourdissants, les matatus font fi ouvertement du code de la route mais aussi de toute règle de courtoisie en poussant les passagers à ne pas descendre mais à sauter sous les cris "faster, faster'' (vite, vite) que beugle le "Tout".

Un coup à droite puis un autre, plus loin, à gauche, Mwangi roule comme au rallye, stoppe nette, redémarre en trombe, rattrape et dépasse les véhicules dans une sorte de course contre la montre.

Les secondes sont précieuses pour les deux maîtres à bord écartant d'un haussement d'épaules tout reproche et se contentant, si la politesse leur en vient, d'un "pole'' (pardon). Ce sont des clients potentiels pris aux autres.

Et il n'est pas rare de se faire happer à l'intérieur d'un van pendant les heures creuses du business par les Touts s'arrachant les clients tout en bradant les prix. Mais nul grief une fois à bord. Les deux compères en fanfarons n'hésitent pas à riposter, en une sorte d'intimidation, "vous ne savez pas à qui appartient le véhicule ?''.

Une "menace'' que les Kenyans prennent au sérieux en voyant les agents de la circulation "regarder ailleurs'' et arrêter les voitures particulières. Des assertions contredites, toutefois, par des campagnes de contrôle inopinées sanctionnées par la mise en fourrière de centaines de matatus.

Peints de graffitis, décorés de tags, surnoms, logos de clubs ou de portraits de stars mondiales du ballon rond, les matatus font partie du paysage kenyan. Pratiquement personne n'y échappe. S'il fait le bonheur des petites bourses, les automobilistes en ont horreur et l'évitent comme un diable en feu.

Mburu Muhiu, chauffeur de taxi, jette un regard furtif sur le rétroviseur et cède légèrement le passage lançant à son client "matatu matata'' (matatu cause de problème). Son véhicule porte encore les "séquelles'' de "caresses'' de ces furieux de la route.

Le matatu, dont les tarifs varient entre un et cinq dirhams selon l'heure, la densité du trafic ou la météo (pluies), reste le meilleur moyen parfois en avance sur des voies encombrées à longueur de journée.

"Mais c'est un véritable chemin de croix'', met en garde Muhiu évoquant le risque de ne pas en sortir toujours indemne. La course en taxi, quinze à vingt fois plus chère, doit être négociée pour éviter toute mauvaise surprise à l'arrivée mais "la sécurité n'a pas de prix'', avise Muhiu qui n'oublie pas, au passage, de recommander à son client étranger de ne pas s'aventurer en matatu.

"Fill and run'' telle est la devise de ces transports qui, par les couleurs ultraviolettes dégagées de ses tubes fluorescents, se transforment la nuit en "music-hall roulants'' assommant par leur musique tapageuse les riverains à chacun de leur interminable passage.

Utiles mais désastreux, ils sont la cause de 35 pc des accidents meurtriers dans le pays. Et à chaque crash, les voix s'élèvent pour que l'actuel ministre de l'Environnement John Michuki réimpose la rigueur dans le respect du code de la route.

Il avait, en 2004, "maté'' la hargne et la "folie meurtrière'' des matatus en dictant des mesures sévères ayant abouti à une réduction du carnage de la route.

Des ralentisseurs de vitesse et des ceintures de sécurité avaient été introduites dans tous les PSV (transport de passagers) par cette loi qui avait contraint les opérateurs à peindre en blanc avec bande jaune les matatus afin de les uniformiser et les distinguer. Le personnel s'était vu aussi imposer de porter un uniforme et un badge.

Mais depuis, ils ont repris le dessus et sont redevenus maîtres absolus de la route. Plus pour longtemps, estime Muhiu. Le ministre Michuki a signé "son retour'' et va "bâillonner'' les clameurs des Touts.

Il n'y est pas allé avec un gant de velours. Les amendes d'environ 4.375 dollars ou les 18 mois en taule auxquelles seront passibles, à partir d'octobre, les auteurs de nuisances sonores donneront à réfléchir à plus d'un "Tout" et chauffeur.

MAP
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